Je crois en l’Église… pécheresse...

J’ai accueilli quelques sourires quand j’ai annoncé le titre de ma conférence de carême : je crois en l’Église pécheresse. Mais c’étaient des sourires bienveillants que j’ai interprétés comme des « Bon courage ! ».

Quand j’étais enfant, je voyais mon père et ma mère comme des gens merveilleux en tout. Quand j’étais ado, je les voyais pleins de défauts qui me mettaient en colère. Devenu adulte, je voyais encore bien des défauts sérieux mais aussi qu’ils m’avaient beaucoup donné et que je les aimais.

Devenu prêtre un peu théologien, j’ai souvent parlé de l’Église comme de la famille dans laquelle j’étais engagé. J’ai appris son histoire et j’ai découvert ses points forts et ses faiblesses. J’ai été obligé de regarder tout cela en face et j’ai changé mon approche et mon langage. Je ne dis plus que j’ai consacré ma vie à l’Église, je dis que j’ai consacré ma vie à Jésus le Christ, par les moyens de l’Église.

Je ne dis plus aux baptisés qu’ils entrent dans l’Église, je leur dis qu’ils deviennent membres du Corps du Christ, avec toute l’Église. Je ne dis plus que je suis le serviteur de mon mouvement, ni de mon curé, ni de mon évêque, ni du pape, je dis que je suis au service de l’œuvre de l’Esprit, avec mon humanité et mes limites, avec leur humanité et leurs limites.

Et je suis interloqué ! Comment se fait-il que, depuis 2000 ans, des générations d’hommes (rien que des humains, y compris ceux qui sont habillés de noir, de rouge ou de blanc, ou sans costume) parlent encore de Jésus comme d’un vivant et parlent à Jésus avec un milliard et demi d’autres ?

Alors je me rappelle le chapitre 1 des Actes : aucune consigne de Jésus aux apôtres, juste un ordre et une promesse. « Vous serez mes témoins » jusqu’au bout de la terre et de vos capacités. Pour cela, « Je vous enverrai mon Esprit » et « Je serai avec vous tous les jours ».

Une folie ! Il est fou, Jésus, de faire confiance à des hommes dont il sait bien qu’ils ne seront pas meilleurs que ses douze qui ne comprenaient pas grand-chose, qui se chamaillaient pour avoir les meilleures places et même qui le trahissaient. Des hommes ! Et sans consignes écrites.

Alors aujourd’hui, j’ai mal à mon Eglise boiteuse. Je souffre de mon Église pécheresse. En même temps, je rends grâce à l’Esprit Saint qui souffle sur elle, parfois en vain, mais qui n’arrête pas de souffler.

Car elle est ma mère. Elle m‘a enfanté un frère, Jésus ; elle me le met dans les bras comme une mère ; elle me le signe sur le front (les sacrements), dans les oreilles (la Parole), dans la bouche et dans le cœur (Eucharistie)…

C’est en cela qu’elle est sainte : elle porte Jésus comme un vieux carton un peu sali porte un bijou. Alors oui, je redis avec vous tous « Je crois en l’Église sainte ». J’ai mal à mon Eglise mais je l’aime parce que je crois en Jésus. 

Roger Philibert